Aviation · 4 min de lecture
Focalisation attentionnelle en vol : quand le pilote cesse de balayer
La focalisation attentionnelle survient quand un pilote sous forte charge concentre toute son attention sur un seul élément et cesse de surveiller le reste. Dans une étude en simulateur, 11 pilotes sur 28 n’ont pas réagi correctement à une alarme critique survenue pendant un cisaillement de vent [1].
Qu’est-ce que la focalisation attentionnelle ?
L’attention est une ressource limitée. Quand une situation devient exigeante, le pilote doit choisir où la porter. La focalisation attentionnelle, aussi appelée tunnelisation, désigne le moment où cette sélection devient excessive : toute l’attention se concentre sur un problème, un instrument ou une trajectoire, et le reste n’est plus surveillé.
Elle peut toucher la vue comme l’ouïe. Un pilote focalisé peut cesser de parcourir ses instruments, ne plus regarder dehors, ou ne pas percevoir une alarme sonore pourtant bien audible. Les chercheurs parlent dans ce dernier cas de surdité inattentionnelle [1].
Ce que montrent les études en simulateur
En 2014, une équipe de recherche a placé des pilotes en simulateur face à un cisaillement de vent, une situation qui mobilise fortement l’attention. Une alarme critique survenait pendant la manœuvre. 11 pilotes sur 28, soit 39,3 %, ne l’ont pas signalée ou n’y ont pas réagi correctement, alors que la même alarme était détectée hors de cette situation [1].
D’autres travaux cherchent à suivre ce que le pilote a réellement perçu. Chez 24 membres d’équipage en simulateur, un modèle intégrant l’EEG a prédit quelles alertes avaient été traitées avec 87 % de précision, contre 72 % pour le même modèle sans EEG [3]. L’activité cérébrale apporte donc une information que le comportement seul ne donne pas.
Circuit visuel et accidents d’aviation générale
Un rapport de l’administration fédérale de l’aviation américaine a analysé 14 436 accidents d’aviation générale survenus entre 1990 et 2000. Des erreurs d’habileté étaient associées à 79,2 % d’entre eux, et des erreurs de décision à 29,7 % [2]. Ces pourcentages ne s’additionnent pas : un même accident peut combiner plusieurs types d’erreurs.
Parmi les erreurs d’habileté, le rapport cite notamment la rupture du circuit visuel [2]. Ces chiffres concernent l’aviation générale aux États-Unis sur cette période : ils ne doivent pas être généralisés à toute l’aviation, ni lus comme la cause unique des accidents.
Comment détecter la perte de balayage
L’instructeur assis derrière l’élève voit une partie des signes, mais pas tout, et il ne peut pas tout noter en même temps qu’il enseigne. Le débriefing repose ensuite sur ce qu’il a vu et sur ce dont le pilote se souvient.
Plusieurs signaux peuvent aider. L’oculométrie mesure la direction du regard. Les mouvements de la tête révèlent si le pilote balaie encore son environnement ou s’il s’est figé, sans mesurer le regard lui-même. L’EEG renseigne sur la charge de travail qui provoque la focalisation.
C’est l’approche de SPARK AERO : croiser la charge de travail lue dans le signal cérébral avec les mouvements de balayage de la tête et les événements du vol. Quand la charge monte et que le balayage s’arrête au même moment, deux signaux indépendants décrivent le même phénomène. Les études disponibles portent sur le simulateur, qui est aussi le premier terrain de SPARK AERO.
Prévenir la focalisation attentionnelle
- Connaître le phénomène : un pilote qui sait que l’attention se referme sous la charge surveille mieux ses propres signes d’alerte.
- Répartir les tâches en équipage, pour qu’une personne garde la vue d’ensemble pendant que l’autre traite le problème.
- Entraîner en simulateur les situations qui provoquent la focalisation, comme les pannes et les alarmes pendant une phase chargée.
- Débriefer sur des éléments objectifs, pour relier précisément l’instant où la charge a culminé à ce qui n’a pas été vu ou entendu.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la tunnelisation attentionnelle ?
C’est une focalisation excessive de l’attention sur un seul élément, un problème ou un instrument, qui conduit le pilote à cesser de surveiller le reste de son environnement.
Pourquoi un pilote peut-il ne pas entendre une alarme ?
Sous forte charge, l’attention se concentre sur la tâche en cours. En simulateur, 11 pilotes sur 28 n’ont pas réagi correctement à une alarme critique pendant un cisaillement de vent : c’est la surdité inattentionnelle.
Quelle est la principale cause des accidents d’avion léger ?
Selon un rapport de la FAA portant sur 14 436 accidents d’aviation générale aux États-Unis entre 1990 et 2000, des erreurs d’habileté étaient associées à 79,2 % des cas. Un accident combine souvent plusieurs facteurs.
Qu’est-ce que le circuit visuel d’un pilote ?
C’est le parcours régulier du regard entre les instruments et l’extérieur, qui permet de garder une vue d’ensemble de la situation. Sa rupture fait partie des erreurs d’habileté relevées dans les accidents d’aviation générale.
Peut-on détecter la focalisation attentionnelle ?
Plusieurs signaux y contribuent : la direction du regard, les mouvements de la tête et l’activité cérébrale. En simulateur, un modèle intégrant l’EEG prédit mieux quelles alertes ont été traitées. Les études disponibles ne portent pas encore sur le vol réel.
Sources
Les numéros entre crochets dans le texte renvoient à ces sources.
- Dehais et al. (2014). Failure to detect critical auditory alerts in the cockpit: evidence for inattentional deafness. Human Factors.doi.org
- Wiegmann et al. (2005). Human Error and General Aviation Accidents: A Comprehensive, Fine-Grained Analysis Using HFACS. FAA Office of Aerospace Medicine, DOT/FAA/AM-05/24.rosap.ntl.bts.gov
- Klaproth et al. (2020). Tracing Pilots’ Situation Assessment by Neuroadaptive Cognitive Modeling. Frontiers in Neuroscience.doi.org