Aviation · 4 min de lecture
Charge de travail du pilote : comment la mesurer objectivement
La charge de travail d’un pilote se mesure de trois façons : par questionnaire après le vol, comme le NASA-TLX, par la performance, et par des signaux physiologiques comme la fréquence cardiaque et l’EEG. Aucune mesure ne suffit seule : les revues scientifiques invitent à les combiner [2] [3].
Qu’appelle-t-on charge de travail en aviation ?
La charge de travail désigne l’ensemble des efforts, mentaux et physiques, qu’une phase de vol exige du pilote. Elle dépend de la situation (météo, trafic, panne), mais aussi de l’expérience et de l’état du pilote.
La réglementation américaine de certification des avions de transport la décrit à travers les fonctions de l’équipage : contrôle de la trajectoire, anticollision, navigation, communications, gestion des systèmes et prise de décision. Elle retient notamment le degré et la durée de l’effort mental et physique concentré [6]. En revanche, elle ne prescrit aucune mesure physiologique [6].
Les mesures subjectives : le NASA-TLX
Le NASA-TLX a été construit par la NASA à partir de 16 expériences, dont des simulations aéronautiques. Il combine six dimensions : exigence mentale, exigence physique, pression temporelle, performance perçue, effort et frustration [1].
Il reste la référence parce qu’il est simple, rapide et comparable d’une étude à l’autre. Sa limite tient à sa nature : il est rempli après la tâche. Il dépend de la mémoire du pilote et ne dit pas à quel moment précis la charge a culminé.
Les mesures physiologiques
Les signaux du corps permettent de suivre la charge en continu, sans interrompre le vol. Une revue systématique de 58 études a passé en revue les mesures cardiaques, respiratoires, cutanées, tensionnelles et oculaires. Sa conclusion est nette : ces mesures sont sensibles à la charge, mais aucune ne permet à elle seule de la discriminer clairement [2].
Une revue plus récente, consacrée aux pilotes et fondée sur 29 études, montre que la fréquence cardiaque réagit plus nettement à la charge que les indices de variabilité cardiaque, dont les résultats restent inconstants [3]. Beaucoup de ces études comptaient 10 participants ou moins, et la plupart ont été menées en simulateur [3].
L’EEG : ce que dit la recherche
L’EEG enregistre directement l’activité électrique du cerveau. Une revue consacrée aux pilotes et aux conducteurs rapporte que la charge mentale élevée s’accompagne d’une hausse de l’activité thêta et d’une baisse de l’alpha [4]. Les systèmes de détection de l’état mental atteignent une précision de l’ordre de 90 % en analyse après coup, mais la détection en direct reste difficile [4].
Une méta-analyse de 2022, qui intègre des tâches de simulation aéronautique, confirme que la puissance thêta en région frontale est l’indice EEG le plus robuste de la charge cognitive [5].
Pourquoi combiner les mesures
Chaque mesure a ses angles morts. Le questionnaire dit ce que le pilote a ressenti, pas quand. Le cœur réagit à la charge, mais aussi à l’effort physique, au stress et à la respiration. L’EEG est proche de l’activité mentale, mais sensible aux artefacts.
Deux signaux indépendants qui évoluent ensemble au même instant sont bien plus difficiles à contester qu’un chiffre isolé. C’est l’approche de SPARK AERO : lire la charge de travail dans le signal cérébral, en même temps que les mouvements de balayage de la tête et les événements du vol, sur une seule ligne de temps. En simulateur, où les scénarios et les pannes se rejouent, cela permet de comparer les séances et de suivre la progression d’un élève.
Limites et précautions
- La plupart des études sont menées en simulateur, et souvent sur de petits effectifs [3].
- Les indices de variabilité cardiaque sont influencés par la respiration, ce qui brouille leur interprétation [3].
- Les résultats de recherche décrivent des moyennes de groupe : le suivi d’un pilote suppose de rapporter chaque mesure à sa propre référence.
- Aucune mesure physiologique n’est aujourd’hui exigée par la réglementation de certification [6].
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le NASA-TLX ?
C’est un questionnaire développé par la NASA pour évaluer la charge de travail ressentie. Il combine six dimensions : exigence mentale, exigence physique, pression temporelle, performance perçue, effort et frustration.
La variabilité cardiaque mesure-t-elle le stress mental ?
Pas de façon fiable à elle seule. Chez les pilotes, la fréquence cardiaque réagit plus nettement à la charge que les indices de variabilité, dont les résultats sont inconstants et influencés par la respiration.
Comment la charge de travail est-elle évaluée en certification ?
La réglementation décrit la charge de l’équipage par fonctions (trajectoire, navigation, communications, systèmes, décisions) et par facteurs, comme la durée et l’intensité de l’effort. Elle ne prescrit pas de mesure physiologique.
L’EEG peut-il mesurer la charge d’un pilote en temps réel ?
La recherche montre que la charge se reflète dans l’activité thêta et alpha. La détection atteint environ 90 % de précision en analyse après coup, mais reste plus difficile en direct.
Un simulateur reproduit-il la charge de travail réelle ?
Il reproduit les scénarios, les pannes et la gestion des systèmes, et permet de les rejouer. Il ne restitue pas toutes les sensations du vol réel, ce qui peut modifier la charge ressentie.
Sources
Les numéros entre crochets dans le texte renvoient à ces sources.
- Hart & Staveland (1988). Development of NASA-TLX (Task Load Index): Results of Empirical and Theoretical Research. NASA.archive.org
- Charles & Nixon (2019). Measuring mental workload using physiological measures: A systematic review. Applied Ergonomics.doi.org
- Wang et al. (2024). Detecting and Predicting Pilot Mental Workload Using Heart Rate Variability: A Systematic Review. Sensors.doi.org
- Borghini et al. (2014). Measuring neurophysiological signals in aircraft pilots and car drivers for the assessment of mental workload, fatigue and drowsiness. Neuroscience & Biobehavioral Reviews.doi.org
- Chikhi et al. (2022). EEG power spectral measures of cognitive workload: A meta-analysis. Psychophysiology.doi.org
- FAA, 14 CFR Part 25, Appendix D. Criteria for determining minimum flight crew.law.cornell.edu