Sport auto · 5 min de lecture

EEG en voiture de course : pourquoi la mesure est si difficile

Mesurer l’EEG d’un pilote en voiture est difficile parce que le signal cérébral, très faible, se noie dans les perturbations dues aux mouvements, aux muscles et aux vibrations. En conduite réelle, même à 40 km/h sur piste fermée, une étude a dû rejeter deux fois plus de données qu’en laboratoire [1].

Pourquoi le cockpit est un environnement hostile pour l’EEG

L’électroencéphalographie enregistre l’activité électrique du cerveau à travers le cuir chevelu. Ce signal est très faible, et tout ce qui produit de l’électricité ou fait bouger les électrodes vient le perturber. On appelle ces perturbations des artefacts.

Une voiture de course les cumule. Les chercheurs qui ont mesuré l’EEG dans une vraie voiture parlent d’un environnement d’enregistrement hostile [1].

  • Les mouvements de tête, à chaque freinage et à chaque virage.
  • L’activité des muscles du cou et de la mâchoire, qui produit un signal bien plus fort que celui du cerveau.
  • Les mouvements des yeux et les clignements, qui contaminent surtout les électrodes frontales.
  • Les vibrations transmises par le siège, le châssis et le casque.
  • La chaleur et la transpiration, qui modifient le contact entre l’électrode et la peau.

Ce que montrent les études en conduite réelle

En 2018, une équipe de recherche a enregistré l’EEG de conducteurs dans une vraie voiture, roulant à 40 km/h sur une piste fermée, avec 64 électrodes. Les signatures cérébrales classiques, comme la réponse P300 et les profils thêta et alpha, étaient comparables à celles du laboratoire [1]. La mesure est donc possible.

Mais la qualité se paie : 28,89 % des essais ont dû être écartés en conduite réelle, contre 14,11 % en laboratoire [1]. Et ces conditions restent loin d’une voiture de course, en vitesse, en accélérations comme en vibrations.

La majorité des travaux se déroulent donc en simulateur. Même là, les chercheurs restent prudents : dans une étude récente, les auteurs ne pouvaient pas exclure que des mouvements des yeux aient contaminé le thêta frontal [4], qui est justement l’un des indices de la charge cognitive.

Artefacts de mouvement : les méthodes et leurs limites

Une revue de 2022 a fait le point sur les méthodes de nettoyage des artefacts dus au mouvement. L’analyse en composantes indépendantes, qui sépare mathématiquement les sources du signal, est la plus utilisée [2].

La revue insiste sur un point : il n’existe pas de méthode universelle. Le bon traitement dépend du type et de l’intensité du mouvement, et les auteurs appellent à développer de nouvelles approches [2]. Nettoyer le signal après coup ne remplace pas un enregistrement propre à la source.

Électrodes sèches ou humides ?

Les électrodes humides, avec gel conducteur, offrent le meilleur contact, mais leur pose est longue et le gel sèche. Les électrodes sèches se posent en quelques secondes, ce qui les rend plus adaptées au terrain.

Une comparaison menée sur 32 personnes au repos n’a pas trouvé de différence significative de puissance alpha ou bêta entre les deux systèmes. Les électrodes sèches enregistraient en revanche davantage d’activité dans les basses fréquences, thêta et delta [3].

Ce détail compte : le thêta est un indice clé de la charge cognitive. Une équivalence démontrée au repos ne vaut donc pas automatiquement pour un pilote en mouvement.

Synchroniser le cerveau et la voiture

Un signal cérébral n’a de valeur pour un ingénieur que s’il est placé au bon endroit de la piste. Il faut donc aligner l’EEG, les signaux cardiaques et la télémétrie sur une même horloge.

Des outils de recherche comme Lab Streaming Layer synchronisent des flux hétérogènes à la milliseconde grâce à l’horodatage. Leurs auteurs précisent toutefois que ces outils ne mesurent pas les délais internes propres à chaque appareil [5].

Or à 200 km/h, une voiture parcourt environ 55 mètres par seconde. Un décalage de quelques dizaines de millisecondes place la mesure plusieurs mètres plus loin : avant ou après le point de freinage. La précision temporelle n’est pas un détail technique, c’est la condition pour que la donnée soit exploitable.

Ce que cela implique pour une mesure en course

Mesurer l’activité cérébrale d’un pilote en voiture demande de traiter chaque difficulté à la source : un instrument conçu pour les vibrations, la charge G, la chaleur et le mouvement, une vérification de la qualité du signal avant de rouler, et une synchronisation stricte avec la voiture.

C’est le parti pris de SPARK MOTORSPORT : partir des contraintes du cockpit, là où la plupart des dispositifs de mesure cérébrale s’arrêtent au simulateur ou au laboratoire.

Questions fréquentes

Peut-on faire un EEG en conduisant ?

Oui. Une étude en voiture réelle, à 40 km/h sur piste fermée, a retrouvé les signatures cérébrales du laboratoire. La qualité du signal est toutefois plus faible : deux fois plus de données ont dû être rejetées.

Électrodes sèches ou humides : quelle différence ?

Les électrodes humides utilisent un gel qui améliore le contact, mais leur pose est longue. Les électrodes sèches sont plus pratiques sur le terrain. Au repos, elles donnent des résultats proches, avec toutefois davantage d’activité enregistrée dans les basses fréquences.

Qu’est-ce qu’un artefact EEG ?

C’est une perturbation du signal qui ne vient pas du cerveau : mouvement des électrodes, activité musculaire, mouvements des yeux, vibrations ou interférences électriques. En voiture, ils sont nombreux et intenses.

Comment synchroniser l’EEG et la télémétrie ?

Les flux sont horodatés sur une horloge commune, ce qui permet de les aligner à la milliseconde. Il faut aussi tenir compte des délais internes de chaque appareil, que les outils logiciels ne mesurent pas seuls.

L’EEG a-t-il été validé en course réelle ?

Les études publiées portent sur des voitures roulant à basse vitesse sur piste fermée, ou sur simulateur. La mesure à haute vitesse, en conditions de course, reste un terrain largement ouvert.

Sources

Les numéros entre crochets dans le texte renvoient à ces sources.

  1. Protzak & Gramann (2018). Investigating Established EEG Parameter During Real-World Driving. Frontiers in Psychology.doi.org
  2. Gorjan et al. (2022). Removal of movement-induced EEG artifacts: current state of the art and guidelines. Journal of Neural Engineering.doi.org
  3. Hinrichs et al. (2020). Comparison between a wireless dry electrode EEG system with a conventional wired wet electrode EEG system for clinical applications. Scientific Reports.doi.org
  4. Scanlon et al. (2025). Mind the road: attention related neuromarkers during automated and manual simulated driving captured with a new mobile EEG sensor system. Frontiers in Neuroergonomics.doi.org
  5. Kothe et al. (2025). The lab streaming layer for synchronized multimodal recording. Imaging Neuroscience.doi.org