Sport · 5 min de lecture

Fatigue mentale et fatigue physique : comment les distinguer chez l’athlète

La fatigue mentale se distingue de la fatigue physique parce qu’elle peut réduire l’endurance et la qualité des décisions sans modifier la fréquence cardiaque, le lactate ou la consommation d’oxygène : c’est la perception de l’effort qui augmente [1] [2]. Les marqueurs cardiaques ne suffisent donc pas à la repérer.

Deux fatigues, deux mécanismes

La fatigue physique est liée à l’effort du corps : les muscles, le système cardiovasculaire et l’énergie disponible. Elle se mesure bien avec les outils habituels du sport, comme la puissance, la fréquence cardiaque ou le lactate.

La fatigue mentale apparaît après une activité cognitive prolongée ou exigeante : concentration soutenue, décisions répétées, analyse. Elle se traduit par une sensation de lassitude, des décisions plus lentes et une attention moins stable. Elle peut s’installer sans aucun effort physique.

L’étude qui a ouvert le sujet

En 2009, une équipe de recherche a demandé à 16 participants d’effectuer 90 minutes d’une tâche cognitive exigeante avant un test d’endurance à vélo. Après cette tâche, le temps jusqu’à épuisement était de 640 secondes en moyenne, contre 754 secondes en condition contrôle [1].

Le point le plus marquant tient à ce qui n’a pas changé : les réponses cardiorespiratoires étaient les mêmes dans les deux conditions. Ce qui différait, c’était la perception de l’effort, plus élevée après la fatigue mentale [1]. Les athlètes s’arrêtaient plus tôt parce que l’effort leur semblait plus dur, pas parce que leur corps était plus épuisé.

Ce que la fatigue mentale change, et ce qu’elle ne change pas

Une revue systématique de 2017 confirme ce profil. La fatigue mentale réduit la performance d’endurance et augmente l’effort perçu, alors que la fréquence cardiaque, le lactate et la consommation d’oxygène ne sont pas affectés. La force maximale et la puissance anaérobie ne le sont pas non plus [2].

Dans les gestes propres à chaque sport, une revue de 21 articles montre que la fatigue mentale dégrade la prise de décision, le temps de réaction et la précision, là encore sans changement physiologique qui l’explique [4].

Un effet réel, mais à nuancer

La science n’est pas unanime sur l’ampleur du phénomène. Une méta-analyse de 2020 a corrigé les résultats du biais de publication, c’est-à-dire la tendance à publier plus facilement les études qui trouvent un effet. L’effet de la fatigue mentale sur la performance physique passait alors d’un niveau moyen (dz = 0,50) à un niveau faible et non significatif (dz = 0,08) [3].

La conclusion raisonnable est donc prudente : la fatigue mentale peut peser sur la performance, surtout en endurance et dans les décisions, mais son effet varie selon les athlètes, les sports et les situations. C’est une raison de plus pour la mesurer plutôt que la supposer.

Pourquoi le cœur ne suffit pas, et ce que l’EEG apporte

Puisque la fréquence cardiaque et le lactate ne bougent pas sous fatigue mentale, les outils habituels de suivi de l’entraînement ne la voient pas [2]. Un athlète peut présenter des indicateurs physiques normaux et être pourtant moins lucide.

L’activité cérébrale, elle, change. Une méta-analyse de 21 études montre que la fatigue mentale s’accompagne d’une hausse de l’activité EEG, notamment dans les bandes thêta et alpha (g = 0,68) [5].

Il faut rester rigoureux : le thêta augmente aussi quand la charge cognitive d’une tâche s’élève [6]. Distinguer fatigue mentale et charge du moment demande donc de suivre l’évolution dans le temps et de rapporter chaque mesure à la référence propre de l’athlète.

Ce que cela change pour l’entraînement

  • Tenir compte de la charge cognitive dans la planification, et pas seulement de la charge physique.
  • Surveiller les séances et les compétitions où l’endurance et les décisions comptent le plus.
  • Ne pas conclure à une bonne récupération sur la seule base d’indicateurs cardiaques normaux.
  • Suivre chaque athlète dans le temps, par rapport à lui-même, plutôt qu’à une norme de groupe.

C’est la démarche de SPARK SPORT : mesurer la fatigue mentale dans le cerveau, en la distinguant de la fatigue physique, pour que l’entraîneur puisse planifier le versant mental avec la même précision que le versant physique.

Questions fréquentes

Comment savoir si on est fatigué mentalement ou physiquement ?

La fatigue physique se lit dans les indicateurs du corps : fréquence cardiaque, lactate, puissance. La fatigue mentale peut réduire l’endurance et la lucidité sans modifier ces indicateurs, et se traduit surtout par un effort perçu plus élevé et des décisions plus lentes.

La fatigue mentale réduit-elle la performance sportive ?

Elle peut réduire l’endurance et dégrader la prise de décision, le temps de réaction et la précision. Elle n’affecte pas la force maximale. L’ampleur de l’effet reste débattue selon les études.

La fréquence cardiaque indique-t-elle la fatigue mentale ?

Non. Dans les études, la fréquence cardiaque, le lactate et la consommation d’oxygène ne sont pas modifiés par la fatigue mentale, ce qui explique qu’elle échappe aux outils de suivi habituels.

Qu’est-ce que la perception de l’effort ?

C’est la sensation de difficulté que ressent l’athlète pendant l’exercice, souvent notée sur une échelle. La fatigue mentale l’augmente, ce qui pousse à s’arrêter plus tôt à effort physique égal.

Peut-on mesurer la fatigue mentale avec un EEG ?

L’EEG montre une hausse de l’activité, notamment thêta et alpha, sous fatigue mentale. Comme le thêta augmente aussi avec la charge cognitive, l’interprétation demande un suivi dans le temps et une référence propre à chaque athlète.

Sources

Les numéros entre crochets dans le texte renvoient à ces sources.

  1. Marcora et al. (2009). Mental fatigue impairs physical performance in humans. Journal of Applied Physiology.doi.org
  2. Van Cutsem et al. (2017). The Effects of Mental Fatigue on Physical Performance: A Systematic Review. Sports Medicine.doi.org
  3. Holgado et al. (2020). Mental Fatigue Might Be Not So Bad for Exercise Performance After All: A Systematic Review and Bias-Sensitive Meta-Analysis. Journal of Cognition.doi.org
  4. Habay et al. (2021). Mental Fatigue and Sport-Specific Psychomotor Performance: A Systematic Review. Sports Medicine.doi.org
  5. Tran et al. (2020). The influence of mental fatigue on brain activity: Evidence from a systematic review with meta-analyses. Psychophysiology.doi.org
  6. Chikhi et al. (2022). EEG power spectral measures of cognitive workload: A meta-analysis. Psychophysiology.doi.org